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N’oublie pas mon petit cadeau…

Nous ne sommes que 3 dans cette boutique de mode.
Elle: petit corps de rêve, harmonieux et menu à souhaits, longues et fines jambes couleur caramel, bras graciles, un top trop petit qui laisse apparaitre la peau du ventre et des hanches lisses, sans l’ombre d’un capiton, pas le soupçon d’une vergeture , et caramel aussi …une cascade de cheveux noirs, lissés, des yeux légèrement bridés dont un discret trait
de khôl rehausse l’aspect velours…une démarche de déesse oscillant entre le lascif et le vif…


Lui : Sans âge, un vieux beau, un peu ridé, un peu lifté, un peu grisonnant, avec gilet et bermuda multi-poches de l’explorateur multi-tout. Bref un homme d’un certain âge avec de beaux restes que j’imagine « père adoptif » étant donné les marques évidentes de différences ethniques.


Elle : sautillant de portant en portant à la recherche de « l’objet »
Lui : en retrait…
Elle : toute la joie de la gourmande dans une chocolaterie ….les bras chargés, mais tellement !!!! Que la vendeuse ne me regarde même pas, moi, qui n’ai qu’un pauvre tee-shirt dans la main.
Mais peu m’importe, je me régale à observer … je vous jure, sans juger … car enfin je ne sais pas !! Et même ?? !!


Elle : elle prend tout !
Lui : arrive à la caisse, et sort sa« credit card »
S’en suit ? Long baiser langoureux.
OK il n’y a plus d ‘ équivoque possible !!!
Elle : caresse, le dos… (je vous rassure) les yeux brillants de joie, pose sur le bras de Lui une multitude de petits baisers muets chargés de reconnaissance, et ce, s’éternisant, sans l’ombre d’une gêne de part et d’autre, même si Lui lance à la dérobée quelques regards…mi-fiers mi-inquiets…


La proximité de ces deux êtres en appelle à l’évaluation :

Lui la bonne cinquantaine soignée, Elle entre dix huit et vingt.
Dans cette union de la carpe et du lapin, ce qui est à déplorer peut-être, et je dis bien peut-être, c’est le moment du règlement des achats, règlement opéré par lui, qui immanquablement rappelle les propos mille fois entendus d’un Audiard disparu : « t’oublie pas mon p’tit cadeau ! »….

Du coup, on perd toute illusion sur ce que l’on aurait pu imaginer comme « passion naissante »…
Elle: elle n’a pas du tout l’air de souffrir de cette situation, bien au contraire, plutôt joyeuse, non, elle n’affiche pas une gaieté indécente, elle est joyeuse avec cette insouciance qui caractérise la jeunesse ! Et qui s’en plaindrait ?
Elle a du temps devant elle pour s’assombrir !!!
Et Lui du coup ? Devant cette tentation à portée de main, à portée de vie, de vie terne et gâchée peut-être, je me dis sans l’ombre d’une indignation : “pourquoi faudrait-il absolument qu’il s’en prive?” Oui bien sûr, ce petit bout de femme en devenir, à peine sortie de l’enfance, suggère malgré elle des pensées autour de l’inceste … mais pas que…


Elle m’interroge moi, femme mûre, face à une situation identique.
Serais-je capable d’avoir un regard plein de convoitise sur le corps d’un jeune homme, peau lisse, corps musclé et caramel, barbe naissante ? Non, j’avoue que je suis plutôt du côté de celles qui chantent les louanges des Hommes mûrs, le grand H mâture qui nous sert possiblement d’alibi, pour reléguer au fin fond de notre inconscient notre désir coupable …j’ai dit
« possiblement »!


Au fait Oedipe s’est crevé les yeux ! Mais madame Mère Elle a fait quoi ? Ça m’échappe…

Rolande Murat

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